Le pouls du pompiste

Nouvelle – 16 pages
Couverture sérigraphiée – 50 exemplaires
5 euros + port

« Quand tout est en self-service, pourquoi les automobiles ne le seraient pas? Alors quand un pompiste de chez Agip prend la fuite, il n’a qu’une destination possible : Rome, la Ville Eternelle. « 

extrait:

« C’est vrai qu’il ne ressemble plus au jeune, beau et riche frimeur en voiture de sport, propre sur lui, sûr de son statut social. Là, c’est limite s’il fait pas clodo. On aurait vraiment du mal à croire que cet individu d’une trentaine d’années possède une Mercedes dernier modèle sortie d’usine. Après, chacun fait ce qu’il veut de son pognon. Mais à l’heure actuelle, c’est le pompiste qui en profite. C’est sans doute un concours de circonstance, un de ces hasards pourtant facile à prévoir, provoqué par l’inflation excessive du prix à la pompe de ces dernières années, qui est la cause de ses malheurs. En effet, quand César a tronqué son boulot de pompiste pour celui de caissier il y a dix ans, le litre de super sans plomb valait 86,31 centimes d’euros. Il y a deux jours il a atteint 138,60 centimes. Comme César aimait passer le temps à faire des sudoku derrière sa caisse en plexi, il avait pris un malin plaisir à évaluer, lors du pic historique du 2 septembre dernier, la hausse des prix du carburant à un taux de 71,21680049413% d’augmentation par rapport au jour où il avait commencé ce job chez des raffineurs italiens. A ce rythme, dans dix ans, il aurait été au chômage technique. Une idée parfois le tracassait : Etait-ce vraiment la peine de cotiser si c’était pour ne pas profiter d’une vraie retraite? De là à tout envoyer valdinguer et braquer une tire, il y avait certainement un compromis, mais César en avait marre. Il faisait parti de ces gens un peu aigris par un système qu’ils alimentaient sans jamais pouvoir vraiment en profiter. Un boulot précaire mais à temps plein, des impôts à payer, peu d’aides sociales, aucune réduction, un mariage foireux qui lui coûtait encore une pension et des dettes à droite à gauche. Pourtant, quand il a signé dans cette station service, il avait encore de l’ambition. Un César floqué d’une louve à six pattes sur le coeur, ça fait illusion un temps. Aujourd’hui, à 4h12 du matin, une décennie de routine journalière s’est auto-détruite. Finies les nuits interminables, seul dans sa cage vitrée, en communiquant par hygiaphone et plateau coulissant avec les cars de supporters, les routiers sous amphés, les commerciaux en manque de café, les groupes en tournée prenant le tarmac de la station pour une piste de danse et les jeunes pochtrons dont le A obligatoire à l’arrière de leur véhicule devait signifier Alcoolique. Finies les courbettes devant Monsieur Ricciardi et les pontes de la firme qui débarquaient une fois dans l’année pour donner les directives décidées par les actionnaires à Milan. Finis aussi les braquages. Trois en dix ans. Il n’y a jamais eu mort d’homme, mais la troisième fois, César s’est pris un coup de crosse en pleine face. La petite histoire veut que les deux hommes à cagoule se sont enfuit avec un butin de deux cent douze euros. Quinze minutes plus tard, ils étaient dans un panier à salade. Des amateurs. Des violents. Des drogués. Enfin, aujourd’hui, les rôles se sont inversés. La voiture de dealer, c’est César qui la conduit. »


Une Réponse to “Le pouls du pompiste”

  1. ma nouvelle préférée de Monsieur!

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