Anthologie du cinéma de science-fiction soviétique (1) : Pavel Klushantsev

 

La découverte de l’oeuvre de Pavel Klushantsev fût pour moi un véritable choc. Ce réalisateur de science-fiction soviétique, né à St-Petersourg en 1910 et décédé en 1999, à l’orée du nouveau millénaire, participa à près de 100 films, fictions, reportages ou documentaires. Après avoir fini ses études en 1930 à la faculté technique du cinéma de Leningrad, il commença sa carrière dans les studio Belgoskino où il travailla pendant 4 ans comme simple opérateur. Il passa ensuite chez Lenfilm, où, dès 1935 lui fût confié la direction d’un premier film, Les Sept barrières (Семь барьеров). Pendant la guerre il mit ses talents au service de la nation et de la propagande militaire. Il retourna ensuite dans les studios des films documentaires et scientifiques de Léningrad (Lennauchfilms), où pour la première fois, en 1951, dans son film L’Univers (Вселенна), apparaissent des éléments de science-fiction. Fasciné par le cosmos, il eût la « chance », si l’on peut dire, de faire ce genre de cinéma au bon moment. Alors qu’il s’épuisait à trouver les financement pour ses films, l’URSS lançait le premier satellite, Sputnik, dans l’espace, inaugurant ainsi l’ère spatiale et devançant dans ce domaine pendant plus d’une décennie leurs ennemis capitalistes. Dès lors que le cosmos pût être utilisé à des fins de propagande, il fut plus aisé pour Klushantsev de réaliser ses films. Une anecdote raconte qu’un financeur de l’époque lui avai conseillé de réaliser des documentaires sur les champs de patates dans les kolkhozes. Mais Sputnik vint à tourner en orbite de la Terre, et il pût tourner En route pour les étoiles (Дорога к звездам), sorti en 1958.

Son film le plus connu, du moins, le plus aisé à visionner, reste Planèta Bur (Планета бурь), réalisé en 1961. Ce film, qui relate une expédition sur Vénus qui vire à la mission de sauvetage a été pillé par Hollywood et Roger Corman, entre autres, qui en utilisa de nombreux plans remontés sauvagement dans deux films : Voyage to the Prehistoric Planet (1965) puis Voyage to the Planet of Préhistoric Women (1968) où la poésie du film original est pulvérisée par l’apparition de pin-up en bikini!

 

Ce film fût auréolé d’un grand succès à l’étranger. Pas moins de 28 pays en acquérirent les droits d’exploitation. Or le régime soviétique le critiqua fortement, par la voix notamment du ministre de la culture de l’époque, Furtsev, qui s’indigna d’une scène où l’on voit Masha, le personnage féminin, pleurer. Il déclara « qu’une cosmonaute soviétique ne pouvait pas pleurer« !
S’il échappa au goulag, c’était, d’après lui, parce qu’il était le seul cinéaste de son époque à savoir faire ce qu’il faisait, et que l’Etat avait besoin d’un tel technicien.

En dépit de sa rigueur scientifique, le cinéma de Pavel Klushantsev est fait d’inventivité et de poésie. Une de mes scènes préférées reste cette vue de l’habitacle d’un aéronef, dans le film En route pour les Etoiles, où l’on retrouve une femme vivant dans un vaisseau spatial comme dans son immeuble moscovite. Son chat à ses côtés, elle regarde un ballet du Bolchoï à la télévision, à des millions de kilomètres de la Terre. Klushantsev se distingua surtout pour ses trouvailles techniques dans le domaine des effets spéciaux : apesanteur, sortie dans le cosmos, monde des abysses, et par ses décors oniriques. Il fût également pillé par l’illustre Stanley Kubrick dans ce qui reste malgré tout un de mes films favoris: 2001, a space odyssey. Le grand Stanley avoua lui-même que sans Klushantsev, 2001 n’aurai pas été le même. Comparez plutôt ces images : (l’américain à gauche, notre soviétique à droite, oui c’est pas logique mais c’est comme ça!)

Si Planeta Bur est son seul vrai film de fiction, il continua par la suite de tourner des films de vulgarisation scientifique, que l’on serait presque à même de nommer d’anticipation tant il peuvent paraitre fantaisiste aujourd’hui. Il boucla sa trilogie planétaire après avoir filmé Venus dans Planeta Bur en réalisant Luna (1965) et Mars (1968). Il prit sa retraite au début des années 80 en se consacrant à la rédaction de livre de vulgarisation scientifique pour les enfants.

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Pour ceux qui seraient intéressés par ce réalisateur, voici deux bons articles à son sujet.
Sur le site Gotomars, spécialisé, comme son nom l’indique sur tout ce qui a été écrit ou filmé sur la Planète Rouge, on peut désormais trouver une page consacré au film Mars de Klushantsev, tourné en 1968. En plus de somptueux screenshots, on peut y trouver un court extrait de bonne qualité!

Et sur Kinoglaz, site dédié au cinéma russe, une page est aussi dédiée à Planéta Bur.

Enfin, bien que ce lien soit plutôt réservé aux personnes sachant lire le cyrillique, on peut trouver des liens ed2k pour ses films (en russe non sous titré avec très peu de sources) sur le site d‘ARJlover.

~ par derkommissar sur mercredi 4 juillet 2007.

5 Réponses to “Anthologie du cinéma de science-fiction soviétique (1) : Pavel Klushantsev”

  1. Hi, this is a comment.
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  2. So sexy!!!

  3. J’ai découvert ce maitre de la SF avec un reportage sur Arte : Coup de foudre… j’ai eu la chance de voir à la cinémathèque de Toulouse « En route vers les étoiles » sur grand écran, c’est hallucinant… Lorsque je vois un film de Klushantsev j’ai l’impression d’avoir 12 ans, et ça fait un bien fou. NA !

  4. Je viens de voir « En route pour les étoiles », mais en noir & blanc. Le film est-il en couleur à l’origine? (on voit des photos couleurs, mais ça ne prouve rien…). En tout cas, c’est magnifique, et l’influence sur Kubrick est frappante. apparemment, le film date de 1958, donc juste après le Spoutnik (dont il est question dans ce film).

  5. […] Kubrick avoua lui-même que sans Pavel Klushantsev, 2001 n’aurai pas été le […]

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