Le Kekra de Krasnoïarsk

 

Nouvelle – 16 pages
Couverture sérigraphiée – 50 exemplaires
5 euros + port

"Totalitarisme et métamphétamines ne font pas bon ménage. Surtout lorque l’on confond nihilisme et chamanisme. Un court voyage dans la Terre Creuse, que certains chroniqueurs nomment "underground"

extrait:

"Quinze jours plus tard, la besogne accomplie, Otto retourna sur Berlin dépenser sa paye. Il zonait sur la Linienstraße, errant de concerts en bitures, et c’est au fond d’une cour, à la sortie d’un squat où jouait Creation is Crucifixion qu’Otto croisa la route de Kasimir, le kekra de Krasnoïarsk. C’était un allemand de la Volga, élevé au Kazakhstan, étudiant et junky, dealer puis clochard.

- La coco coulait à flot à Krasnoïarsk. On aurait cru que c’était les flocons de neige qui déferlaient dehors qui nous rentraient dans les naseaux. Quand la dope tombe du ciel, tu sais, ça donne envie d’avoir des ailes.

Six mois d’études à la prestigieuse UNTK. 1991, et tout s’effondre. « Non, papa , je ne serais pas ingénieur sur les barrages de la Volga comme tu l’aurais tant souhaité ».

Son père, comme sa mère d’ailleurs, était de cette communauté de souche allemande, mais russe depuis deux siècles, déportée sous Staline en 1941 lors de la rupture du pacte germano-soviétique. Sa famille échoua à Karaganda, près des steppes de la Faim au Kazakhstan. Les hommes partirent au front en première ligne, sur les rives de leur rivière natale, à Stalingrad, pendant que leurs épouses cultivaient le coton et les patates dans les kolkhozes.

La Volga était un très gros fleuve, le plus long de la Russie européenne, mais jamais plus ils ne le reverraient. Le plus grand barrage hydroélectrique du monde se construirait sur l’Ienissiei et le père de Kasimir participerait, non sans fierté, au colossal chantier. C’est pour ça que Kasimir était né en Sibérie. Parce que son papa était ingénieur et qu’il avait été muté à Krasnoïarsk, une fois son diplôme de thermoénergétique obtenu. Pour d’autres c’était le goulag. Lui au moins reçut une médaille.

- Moi, je préférais les berges du fleuve Amour. C’était plus poétique. Et puis, il y avait Vladivostok pas loin…. Vu de Krasnoïarsk, Vladivostok, ça n’avait rien d’exceptionnel, c’était juste le terminus du transsibérien – et la Sibérie, tu vois, j’y étais, en pleine dislocation de l’URSS. Jusqu’en 1991, faut savoir que la ville était interdite aux étrangers car c’était un foyer de la science et du génie soviétique. Et d’un coup on a ouvert grand le robinet. Tu m’étonnes qu’il y ait une fuite des cerveaux. Le mien, il a perdu ses neurones jour après jour. Vodka, amphétamines, cocaïne et datura, dur de tenir le rigoureux rythme de l’université de thermoénergétique. Surtout quand d’un coup, tu peux lire des livres interdits : Burroughs, Castaneda, Kerouac. Ça changeait des manuels de physique. Et, après, quand tu tombes sur Ossendowski, qui te raconte son périple en Mongolie alors qu’il est pourchassé par les bolchéviques, tu réalises. C’est à côté de chez toi. C’est pas le Mexique, mais c’est pareil. Tu prends le train, tu passes Irkoutsk, et tu y es. Le lac Baïkal. Les chamanes, les champignons hallucinogènes, avec, cerise sur le gâteau, du Coca-Cola…

A un moment, il avait presque hésité à s’inscrire à la faculté d’ethnographie de St-Petersbourg, mais c’était bien trop loin, alors que le terrain d’expérimentation, lui, était si proche. Tant pis pour les colloques sous peyotl à Mexico, et les séminaires de métapsychique à San Francisco. Un billet pour Irkoutsk suffirait.
Entre chutes d’acide et descentes de speed, la vie du kekra de Krasnoïarsk prit la forme d’un tourbillon. Pendant deux ans, il écuma la steppe en état d’infra-conscience sub-moléculaire.

- Tu connais le MDMA, demanda Kasimir?
– Ouais, en gros. C’est ce qu’il y a dans l’extasy, répondit Otto ?
– C’est son produit actif. Sais tu que les crapauds en sécrètent naturellement ?
Otto en resta baba.
– C’est un vieux chamane quand j’errais sur les Monts Stanovoï qui m’apprit ceci. T’as qu’à prendre la crapaud à l’envers et lui lécher l’abdomen. Et là, l’Agartha s’ouvre sous tes pieds.
– T’as essayé, demanda fasciné le jeune punk ?
– Et comment ! Mais ça laisse des sortes de boutons bizarres sur la langue, alors j’ai arrêté. Y’a des trucs de synthèse qui sont beaucoup mieux pour devenir le roi du monde."


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